Les Sables-Les Açores, étape 1 : le remonte-pente et la quête du soleil

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Bonjour à tous !

Ces deux mois estivaux ont été passionnants avec plus de 3000 milles parcourus lors de la grande course de l’année entre Les Sables et Les Açores… de quoi faire le plein de moments forts à vous raconter !

Au menu de cette première étape, un départ des Sables d’Olonne dans des conditions parfaites : du soleil, suffisamment de vent mais pas trop, fu portant en direction du cap Finisterre... La vie est belle lors de cette traversée du golfe de Gascogne ! Après le rush du chantier et l’enchainement Trophée MAP / Mini-Fastnet qui m’ont qualifié pour cette première grande course avec Tartine, j’ai la sensation d’enfin trouver du temps, ça sent les vacances à bord du 945… Les principaux concurrents sont à portée visuelle, AIS et/ou VHF, le tout sans trop forcer sur l’homme ni sur la machine, tout va bien à bord lors de ces trois premiers jours de course !

 

      

Départ en vacances, Bison futé voit rouge sur l'autoroute des Minis vers Horta Photo : Christophe Breschi

 

L'aventure, et les galères

Je vous entends derrière votre écran : "ça ne pouvait pas durer"... Et oui, comme souvent en mini, l'aventure c'est le mot romantique pour dire galères ! D'abord, il y a le passage d’un premier front froid au large du Portugal, suivi d’une situation particulièrement incertaine qui, on le comprendra très vite en écoutant (euh... en décryptant partiellement serait plus approprié) la météo reçue par BLU (radio grandes ondes), se révèlera être le passage d’un second front froid dans le sud d’une deuxième dépression… En d’autres termes, il est temps de ranger les spis et de replier le bout-dehors, c’est parti pour un long louvoyage au près !

Les bords sont longs, de quoi affiner les réglages, et à ce petit jeu-là je ne suis pas mécontent de me retrouver aux côtés de mes camarades trinitains, Erwan Le Mené sur le 800 quelques milles devant et Vincent « Enzo » Busnel sur le 621 quelques milles derrière, deux bateaux références dans ces conditions. Nous imaginons avec raison les scows (nez ronds) de François Jambou (865) et Jörg Riechers (934) dans notre nord : hors de portée AIS et VHF nous ne savons pas précisément où ils sont mais les classements journaliers nous indiquent qu’ils sont dans le coup.

          

Moins de deux mois après sa mise à l'eau, Tartine part découvrir le monde ! Photo : Christophe Breschi
 

Le premier front s’avère « raisonnable » – entendons par là que la force du vent et surtout l’état de la mer rendent le terrain de jeu tout à fait praticable. Le second est lui annoncé nettement plus coriace, surtout dans le nord de la zone de course, et même si dans le sud nous sommes probablement plus loin de la route optimale, nous ne sommes pas mécontents d’échapper au plus sévère de la punition annoncée. Malgré des soucis VHF qui depuis le jour du départ émet des grésillements permanents rendant impossible la veille permanente, nous arrivons encore à échanger de temps en temps avec Erwan. Un de nos derniers échanges – avant que les choses ne dégénèrent – portera sur l’énergie à bord et particulièrement les moyens de recharge des batteries. Erwan est équipé depuis ses débuts en Mini d’un groupe électrogène dont il est particulièrement satisfait, quant à moi je découvre le fonctionnement d’une installation « tout solaire », avec un peu plus de 250w de panneaux, après avoir fait mes deux premières Mini-Transat avec une pile à combustible ayant le désavantage d’avoir une tendance régulière à ne plus fonctionner du jour au lendemain en plus d’être cher à l’achat. Nous sommes tous les deux ravis de nos choix respectifs et lorsque, quelques heures plus tard, je me retrouve en black-out complet, les batteries, vides, s’étant mises en sécurité, la VHF portable ne portera pas assez loin pour que je nuance mes propos auprès de mon compère (qui aura bien des choses à dire à propos de son groupe, je l’apprendrai plus tard) …

J’ai plus de jus, c’est la m**de !!

Quand tout s’éteint nous sommes en milieu de nuit et je suis à la bannette pour une petite sieste nocturne, bien rangé sur les sacs de matériel, au vent. J’ai la tête non loin du vérin de pilote (si tant est que l’on puisse être loin de quelque chose dans un bateau de 6,50m) et ce n’est pas le bateau qui part en vrac qui me réveille mais l’absence du bruit des allers-retours permanents de la tige du vérin qui pousse et tire la barre pour garder le cap. Voyons le verre à moitié plein dans ce début de gestion de crise (oui oui, c'est la philosophie à bord de Tartine) : le bateau est suffisamment équilibré pour continuer sa route au près sans que je n’aie besoin d’amarrer la barre d’une façon ou d’une autre ! Cela me permettra de chercher la source du problème et de sortir le GPS de spare en toute tranquillité, je ne suis pas obligé d’arrêter le bateau.

Le constat est simple, il fait nuit noire, aucune chance de recharger les batteries dans l’immédiat à l’aide des panneaux, il faut attendre les premiers rayons de soleil pour savoir si la sécurité des batteries se désactivera quand celles-ci seront de nouveau en charge. Il reste un peu moins de 700 milles à parcourir jusqu’aux Açores. Concrètement, faire cette distabce sans énergie à bord n’a sportivement que peu d’intérêt, mais c’est surtout limite niveau sécurité ! Je décide de mettre la régate entre parenthèses et continue ma route vers le sud : j’y trouverai à priori plus de soleil que dans le nord tout en ne m’éloignant pas plus des côtes portugaises, si jamais je dois être contraint à rebrousser chemin.

Quelques heures après l’aube, le soleil a pris un peu d’altitude et j’ai le bonheur de voir la tension revenir dans le circuit électrique du bord… Je vais lutter jusqu’à l’arrivée avec mes problèmes d’énergie mais je vais pouvoir continuer ma route ! Les Açores, j’arrive !

Arrivée sur Horta, droit vers le prochain repas ! Photo : Christophe Breschi

Virilité et tours sur soi-même

Je reprends une route plus en phase avec les phénomènes météo, bien décalé dans le sud de la flotte. Le passage du second front est pour ma part et selon l’expression consacrée, « viril mais correct ». J’apporte une attention particulière à l’orientation des panneaux solaires, je barre beaucoup avec tous les instruments éteints et je profite de l’équilibre du bateau pour me reposer sans pilote, il faut maximiser la recharge ! Je suis troisième au classement, François Jambou commence à avoir une belle avance dans le Nord, il a traversé les fronts froids en premier et a donc été le premier à accélérer en arrière de ceux-ci. Derrière le deuxième front, nous récupèrerons un flux de NNO nous permettant de faire route directe vers l’archipel des Açores au reaching. C’est le pied d’avancer sur la route !

Les milles défilent, je fais l’erreur de commencer à me projeter arrivant à Horta, quant à un peu moins de 150 milles de l’arrivée et après déjà quasiment 9 jours de course, les ventilos sont coupés… Les trop rares petits souffles de vent sont dans l’axe du parcours, c’est reparti pour tirer des bords… L’absence d'Eole rend les angles particulièrement ouverts, bien souvent je navigue à 50° de la route à suivre (en clair, c'est comme si, pour rejoindre Marseille à Paris, vous visiez d'abord Toulouse... ! Certes, ça fait visiter la France, mais niveau efficacité, on a connu mieux).

Je vais mettre deux jours et demi à parcourir ces 150 milles que je me voyais boucler en moins de 24h quand j’avançais encore à belle allure sur la route ! Je limite au maximum la consommation d’énergie depuis mon premier black-out mais je peine à recharger les batteries et pas une nuit je ne réussirai à aller jusqu’à l’aube avec le circuit alimenté…En l’absence du souffle du vent dans les voiles, le bateau à beaucoup plus de mal à aller droit tout seul, d’autant plus que nous avons encore un peu de houle… Autrement dit, chaque sieste correspond à un nombre indéfini de tours sur moi-même… ça ne rend pas rapide !

Une nuit, j’aperçois le feu de ce que j’identifie comme un Mini : rares sont les bateaux sans moteur, et rares sont les bateaux équipés qui ne le démarrent pas quand le vent est nul ! Après une rapide réflexion, je comprends qu’il s’agit d’Ambrogio, largement en tête du classement Série… L’Italien impressionne, autant par sa vitesse que par ses trajectoires... chapeau l’artiste !

      

Niveau beauté de l'arrivée, on sait se placer aux Açores ! Photo : Christophe Breschi

Faim de loup (de mer)

Horta étant dans l’ouest de l’archipel des Açores, nous avons à gérer le passage des îles plus dans l’est. Je fais le choix de passer dans le nord de celles-ci, en me disant que dans le vent d’ouest que nous avons je bénéficierai peut-être de petites accélérations le long des côtes à gauche de l’axe du vent. Le vent doit revenir par le sud-ouest mais je m’imagine arriver avant… ça sera limite ! Les accélérations attendues ne sont pas très franche, voire pire. Après avoir contourné Terceira je me retrouve collé entre Sao Jorge et Graciosa… J’y passerai un temps fou qui me semblera être une éternité, d’autant plus que j’ai faim. J’ai vraiment FAIM. 

Cela fait 10 jours que nous sommes en mer, j’avais embarqué 8 jours d’avitaillement. Je me connais et je ne suis pas un gros mangeur sur l’eau, surtout quand il fait chaud, je n’ai donc pas de rab. Le rationnement n’est pas drastique mais il est là, fini les grignotages… Psychologiquement c’est un peu rude lors des dernières 48h, je me fais violence pour attendre au maximum entre chaque repas, je sais que j’arriverai à vide, le tout étant de retarder le plus possible l’instant où je n’aurai plus rien à manger ! Mais que c'est dur de résister à l'appel du petit carré de chocolat !

A un peu plus de 20 NM de l’arrivée, le vent rentre enfin un petit peu et me permet de contourner la pointe ouest de Sao Jorge avant de faire route directe vers l’arrivée à Horta. Quelques heures à peine après avoir redémarré apparaît un feu rouge dans le nord. De ce côté-là, ça ne peut être que Jorg Riechers revenu du diable vauvert pour essayer de prendre la dernière marche du podium Proto…Pas question de se laisser faire, il faut plus que jamais être sur le pont à affiner réglages et trajectoire ! Merci Jorg, je ne pense plus à mon estomac !!

      

Bon ok, je surjoue les joues creusées, mais j'ai quand même bien eu faim... ! Photo : Christophe Breschi

Le vent est très perturbé sur cette fin de parcours avec le relief des îles et notamment celui du majestueux Mont Pico, volcan culminant à plus de 2000m d’altitude… Le vent s’essouffle une fois de plus et quand il revient, nous sommes à égalité ou presque, Jorg étant décalé à mon vent… La bataille fait rage jusqu’à quelques minutes de la ligne où après un bord d’équilibriste sous grand gennaker, bateau quasi couché sur l’eau au ras de la côte, j’arrive à reprendre le dessus sur mon concurrent. Après une dernière transition nous finissons au près à tirer des bords (pour changer), Jorg est à distance raisonnable, les îles sont magnifiques, je suis ravi d’arriver et je savoure pleinement cette troisième place…

Avec le vent mollissant sur la fin de parcours, François Jambou, grand vainqueur de cette première étape, est arrivé depuis déjà 47h, et Erwan Le Mené depuis 18h… Jorg, lui, est 11mn derrière, pas la même histoire ! Malgré ces écarts plus que conséquents je suis content d’être là où je suis, arrivé et petit bonus : sur le podium. Ma tartine a un petit air d'éclopé, avec le petit inventaire à la Prévert des galères : en plus de mes soucis d’énergie, j’ai un peu arraché mon rail de chariot de grand voile et mon winch de piano (sur le roof), mes bagues de quille ont pris beaucoup de jeu et, même si c’est plus anecdotique, mon antenne VHF a disparue de la tête de mât… Cette première étape a trainé en longueur et l’escale s’annonce bien courte aux vues des bricoles à entreprendre avant le départ de la seconde, il ne va pas falloir chômer !

 

      

Deuxième podium pour la Tartine après un mois et demi à l'eau, on peut se permettre un petit point de contentement ! Photo : Christophe Breschi

On oublie le tourisme

Heureusement, j’ai eu la chance de retrouver à l’escale Lionel Huetz, hydrodynamicien qui travaille avec le cabinet Lombard (entre autres) et a contribué au dessin de mon bateau. Il est nettement plus frais que moi quand je mets pied à terre et trouve les mots pour que je me mette en mode chantier au plus vite. J’arrive un jeudi et si je veux récupérer des pièces venant de France avant le départ prévu le mardi suivant, il faut être réactif ! Une petite chaîne de solidarité particulièrement efficace se met en place et une solution est trouvée pour que je puisse récupérer de nouvelles bagues pour ma quille en temps et en heure… dingue, mais ça fait tout le charme de la classe Mini !!

J’ai du mal à me reposer tant que le bateau n’est pas en état de repartir et les bonnes journées de travail s’enchaînent… heureusement, je n’ai aucun problème pour manger avec un sacré appétit ! Electronique, stratification de renforts sous le rail de grand ‘voile et sous le winch du roof, sortie d’eau, déquillage, remplacement des bagues et requillage… je souffle enfin un peu le lundi soir. Le départ de la seconde étape a été décalé au mercredi pour permettre à tous de repartir dans de bonnes conditions. Je ne suis pas mécontent, puisqu’après l’avitaillement du bord et les différents briefings météo et sécurité, il ne me reste pas franchement de temps en rab… pour le tourisme et la visite de l’île, on reviendra !

      

Podium que je qualifierais là aussi de "viril mais correct" ! Photo : Christophe Breschi
 
 

A très vite pour vous raconter la suite !

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